“Sound of metal”, un film qui évoque la surdité d’un batteur


Je vous parle souvent des risques auditifs liés à l’écoute de la musique à trop fort volume, souffrant moi-même d’acouphènes et d’hyperacousie; voici un film à voir à partir du 16 juin en salle, illustrant mieux que tout discours ce que vous risquez.

 

Dans ce premier long-métrage de Darius Marder, Ruben (Riz Ahmed), un jeune batteur de heavy metal tendance thrash (joué très, très fort donc), vit sa vie tranquille au sein d’un duo itinérant qu’il a monté avec sa compagne hurleuse Lou. Les concerts dans des petites salles s’enchaînent, jusqu’au jour fatidique où Ruben n’entend presque plus rien. Son audition est en chute libre et un médecin diagnostique une perte bientôt quasi totale. Le musicien plonge dans la déprime, mais aussi ses anciennes addictions et, sous la pression de sa partenaire, il se résout à s’inscrire dans un foyer de désintoxication spécialisé pour personnes malentendantes. Sur place, Ruben entame un douloureux apprentissage et un combat pour l’acceptation de sa nouvelle condition.

 

Le réalisateur Darius Marder a été inspiré par sa propre grand-mère qui a perdu l’audition après avoir pris des antibiotiques. Cinéphile et mélomane, elle s’est retrouvée “piégée dans ce no man’s land entre le monde sourd et le monde entendant”. Elle s’est d’ailleurs battue par la suite pour que les films soient sous-titrés pour les sourds et malentendants.

Le film a été récompensé aux Oscars 2021 pour le montage et le son, grâce au travail de l’ingénieur du son français Nicolas Becker : “Sound of Metal” est une véritable performance concernant l’immersion du spectateur dans le cauchemar traversé par son anti-héros. Un peu terrifiés, il faut le dire, par la brutalité du rock joué par Ruben et Lou en ouverture du film, nous entrons ensuite dans le monde ouaté inquiétant et déstabilisant des sons en perdition dans l’oreille du batteur aux tympans martyrisés.

Cette réussite est le résultat de recherches minutieuses pour reproduire le plus fidèlement possible, dans la bande-son du film, ce que le personnage « entend » une fois rattrapé par la perte de l’ouïe. Becker explique dans la video ci-dessous quelques secrets de son travail sur “Sound of Metal” : sa documentation sur les conditions de la surdité, la perception du son sous l’eau ou encore son travail en collaboration avec le chef opérateur du film pour combiner au mieux le son et l’image afin de créer le point de vue de Ruben. Pour mieux faire comprendre la sensation de surdité à Darius Marder, Nicolas Becker lui proposa, entre autres, de le plonger pendant trente minutes dans le silence d’une chambre anéchoïque (salle aux parois absorbant les ondes sonores), lumières éteintes. Une expérience de pur silence dans l’obscurité particulièrement marquante et utile pour le réalisateur.

 

La recréation artificielle de la myriade de sons étouffés perçus par Ruben, provenant aussi bien du monde extérieur que de son propre corps, fut obtenue par la combinaison d’une dizaine de micros d’enregistrement pendant le tournage – un peu comme un chef opérateur utilise différents objectifs pour l’image. L’un de ces micros, explique Becker, était un modèle habituellement utilisé dans l’industrie pétrolière pour la prospection souterraine. Avec ce dispositif, l’ingénieur du son a pu obtenir divers traitements du son, du plus immersif et large au plus pointu et concentré. L’un des sons étranges entendu par Ruben (et donc nous), lors d’une scène où le batteur teste dans un centre médical sa déperdition d’audition, casque sur les oreilles, fut notamment créé en faisant enregistrer à Riz Ahmed des dialogues sous l’eau avec un micro dans la bouche.

Accumulant une banque de sons d’environ deux heures, dont plusieurs enregistrements de Riz Ahmed effectuant de simples mouvements du visage, Nicolas Becker alla encore plus loin dans l’expérimentation pour bâtir le son effrayant de l’implant cochléaire défectueux que porte Ruben à un certain point du film. Là encore basées sur de nombreuses recherches, ses créations sonores combinèrent différents logiciels de montage son pour aboutir à “un son Frankenstein” particulièrement surréaliste et déroutant pour le spectateur.

Une expérience indiscutablement inédite, à vivre de préférence en salle.

 

Retrouvez ci-dessous les anciens articles que j’avais déjà consacrés aux risques auditifs :

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Troubles auditifs : les jeunes de plus en plus touchés

 

 

 

 


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